Sarah-Maude Beauchesne

“Mon rapport avec mon corps est complexe, inévitablement. J’ai grandi en voulant être belle, en voulant plaire à tout prix, en voulant être mince et délicate et fine et souriante. Et là, je suis fatiguée. J’ai encore énormément de mauvais réflexe, j’ai encore tous ces mauvais plis, mais au moins, je suis consciente aujourd’hui que ce n’est pas une nécessité et même que cette volonté d’être «parfaite» est nocive, malsaine. Je suis épuisée alors j’essaie fort de travailler sur ce rapport difficile que j’ai avec mon corps. Je suis épuisée alors j’essaie de redéfinir ce qui me fait sentir belle, ce qui m’élève, ce qui me donne confiance en moi.”

NOM: Sarah-Maude Beauchesne

ÂGE: 29 ans

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Quel a été / est ton plus gros ‘struggle’ en tant que fxmme?

Il y a un an, on m’aurait posé cette question et j’aurais répondu que c’est nécessairement la pression d’être parfaite, le culte de la perfection chez la femme. Depuis toujours, j’ai (comme la majorité des femmes j’imagine) la volonté d’atteindre des standards de beauté qui sont irréalistes et j’en ai fait une mission du quotidien qui a progressivement empoisonné le regard que j’ai sur mon corps. Mais aujourd’hui, quelque chose d’encore plus grand s’est imposé de lui-même. À l’aube de ma trentaine, je suis en colère. Parce que je suis tellement fière d’être femme, mais l’inégalité est immense et j’ai peine à comprendre. C’est ça, mon plus gros struggle aujourd’hui, c’est de vivre dans un monde où les femmes ne sont pas encore considérées comme des égales aux hommes. Et il était temps que ça devienne viscéral pour moi de combattre ça. 

 

Quel événement marquant a eu le plus gros impact sur toi ?

Un événement marquant grandement positif pour moi a été le discours d’Emma Watson à l’ONU en 2014 pour la campagne HeforShe. C’est la première fois que j’entendais une femme de ma génération parler de féminisme aussi simplement. 

 

Qu’as-tu appris de ça? 

J’ai compris que j’étais féministe depuis toujours et que le féminisme avait été intégré dans ma vie de la mauvaise façon, qu’il avait été communiqué avec moi avec un tas de clichés qui m’empêchaient de le comprendre et de m’y identifier. En écoutant ce discours, la Hermione de mes rêves me disait de croire fort en l’égalité et j’ai eu cette importante épiphanie; je suis fucking féministe. Comme Hermione, comme ma mère, ma grand-mère, comme les femmes autour de moi parce qu’on veut la même chose; être égale.

 

Quelle est ta relation avec ton corps et plus spécifiquement en rapport avec le principal sujet dont nous avons discuté en personne?

Mon rapport avec mon corps est complexe, inévitablement. J’ai grandi en voulant être belle, en voulant plaire à tout prix, en voulant être mince et délicate et fine et souriante. Et là, je suis fatiguée. J’ai encore énormément de mauvais réflexe, j’ai encore tous ces mauvais plis, mais au moins, je suis consciente aujourd’hui que ce n’est pas une nécessité et même que cette volonté d’être «parfaite» est nocive, malsaine. Je suis épuisée alors j’essaie fort de travailler sur ce rapport difficile que j’ai avec mon corps. Je suis épuisée alors j’essaie de redéfinir ce qui me fait sentir belle, ce qui m’élève, ce qui me donne confiance en moi. Quand j’écris ou quand je joues, je me sens belle, je me sens briller, alors je veux continuer à raconter des histoires pour arrêter de penser que je dois être mince, que je dois avoir une peau parfaite et un nez droit pour être heureuse. 

 

Quel impact a eu le regard des autres sur toi?

Étrangement, le regard que les gens portent sur moi aujourd’hui a eu pour effet de me donner beaucoup de confiance en moi. Les gens qui me suivent à travers mes projets me donnent de la force parce qu’ils voient en moi quelque chose de positif et d’empowering et y’a rien qui puisse me faire sentir plus en contrôle de mon bonheur. J’ai la chance d’avoir une communauté autour de moi qui célèbre ma vulnérabilité sans me juger, qui célèbre les maladresses que je raconte dans mes livres et mes séries. Je sens que je peux être moi, être vraie, être imparfaite et ça, ça fait du bien. 

Évidemment, ça n’a pas toujours été comme ça, mais le fait qu’à presque 30 ans, je puisse utiliser le regard des autres sur moi de manière positive, ça me donne beaucoup d’espoir.

 

Quelles fxmmes t’inspirent le plus et pourquoi? 

Lena Dunham, Lena Waithe, Mindy Kaling, Shonda Rhimes, Helen Mirren, Greta Gerwig, Pheobe Waller-Bridge, Chelsea Handler, Emma Watson, Jameela Jamil, des femmes de télé et de cinéma, des artistes, des femmes d’affaires, des femmes puissantes qui utilisent leur voix pour changer les choses et donner aux femmes la place qui leur revient dans un milieu empoisonné par le patriarchat et le boys club. Dans un milieu où le corps de la femme est objectifié, où la sexualité des femmes est restreinte à plaire aux hommes. Elles racontent des histoires qui mettent en lumière la puissance des femmes et qui intègrent des valeurs de diversité dans leurs oeuvres. Leur discours est crucial. 

Mais aussi ma mom, ma grand-mère, mes soeurs, des femmes libres qui ont travaillé fort pour être heureuse, qui ont fait des choix difficiles pour prioriser leurs rêves, qui ont vécu dans la marge en subissant le jugement des autres, mais qui n’ont jamais arrêté d’avancer dans une direction qui leur ressemblait totalement. Elles sont vraies, courageuses, intenses, sensibles.  

 

Quelle est la décision la plus dure/importante que tu as dû prendre en rapport avec ton corps et ta perception de celui-ci?

Ça peut paraître superficiel, mais il y a deux ans, j’avais pris un rendez-vous pour subir une  chirurgie plastique majeure. Depuis l’adolescence, je vivais avec une haine dérangeante, paralysante pour mon nez. Mon nez pas parfait, croche quand on me regarde de côté. J’étais décidée à changer, à me débarrasser de cette insécurité qui m’empêchait de faire beaucoup de choses, qui me pesait fort au quotidien. C’est grâce à mes chums de femmes, à leur amour, à leur discours, mais aussi à Fourchette et à Catherine Therrien, sa réalisatrice, que j’ai pris la décision de me trouver belle comme je suis et de me laisser vivre ainsi, sans rien changer. En étant filmée dans toute ma vulnérabilité durant le tournage de la série, je me suis sentie fucking belle, bien dans ma peau comme jamais. Parce que j’étais obligée d’être vraie, d’être moi. Catherine a su me montrer que ma beauté résidait dans ce qui me rend unique. Quand je pense que je pourrais avoir une toute autre face aujourd’hui, ça me donne des frissons dans le dos. Je l’aime, mon long nez spécial. 

 

Quand est-ce que tu te sens la plus belle? 

Quand j’écris. Quand je pratique mon métier, ma passion. C’est là que je me sens utile, importante, que je sens que je fais une différence à ma manière. Quand une adolescente me confie que je l’ai aidée à passer à travers quelque chose de difficile, je me sens vraiment belle, je nous sens belle ensemble, unie par les mots et les grandes émotions de nos vies de femmes. 

 

Pourquoi as-tu voulu participer à ce projet?

Parce que j’ai envie de me surpasser, de continuer de me poser des questions, de me regarder avec douceur, sans jugement. 

 

Comment a été l’expérience? 

Puissante, belle, thérapeutique, toute douce, précieuse. Après la séance photo et nos discussions les trois ensemble, j’avais une grande envie de me mettre à écrire. Et ça, c’est toujours bon signe.