Sandra Ximena Muñoz Diaz

“Lorsque j’étais enfant, j’ai appris que mon corps n’était pas à moi, qu’il était là pour être regardé, touché et qu’il ne m’appartenait pas. Il n’était pas bon, beau ni bien. J’avais l’impression qu’il devait être modifié, qu’il était sans cesse scruté et que je devais travailler dur pour le changer afin de rentrer dans les standards de beauté. Être naturellement qui j’étais n’était pas moralement acceptable puisque j’étais grosse et que grosseur équivalait à mauvaise santé, gloutonnerie, mort prématurée, malheur, solitude et célibat. Par conséquent, ma logique était que pour être acceptée et aimée je devais me faire le plus petite possible. Toute cette stigmatisation et discrimination des personnes avec des corps hors norme touche énormément de jeunes, d’enfants et on doit s’améliorer en tant que société. Le travail se fait, peu à peu. Le regard des autres sur la différence change, et j’en suis fucking ravie! “

NOM: Sandra Ximena Muñoz Diaz

ÂGE: 33

___

 

Quel a été / est ton plus gros ‘struggle’ en tant que fxmme? 

Je crois qu’avec beaucoup de recul, même si j’ai beaucoup strugglé pendant mon enfance et mon adolescence sur plusieurs aspects, c’est le fait que j’ai appris à me détester jeune qui à été le plus difficile à déconstruire. Le sentiment de ne pas me sentir assez, d’avoir un corps comme le mien était quasiment la pire chose au monde selon mon entourage et la projection des médias. De le voir toujours moqué, scruté, détesté ou désiré de façon non consentante – c’est aussi l’un des struggle qui m’a suivi le plus longtemps dans ma vie de jeune adulte. Et c’est le cas pour tellement de fxmmes, cela rend le travail de représentation et de banalisation de tous les corps primordial, pour faire évoluer les sociétés. 

Dans mes plus grandes réussites:

– Me donner le droit de me réapproprier mon corps, le désexualiser et le dé-fétichiser. 

– Donner à mon corps la liberté d’être, sans préjugés, sans stigmas, sans lui demander l’impossible. Se libérer des standards de beauté, de la grossophobie internalisée et ambiante et la culture de la diète, la pression malsaine de la performance d’une certaine féminité et binarité qu’on assimile depuis qu’on est bébés. Réussir à simplement être, sans juger mon apparence ou celle des autres, et de m’être ouverte à m’apprivoiser et mieux me connaître, c’est la plus grande des réussites. 

– Surpasser cette notion que mon corps appartient à ceux qui le désirent ou à ceux qui le critiquent, et l’apprécier plutôt en dehors du regard d’autrui pour ce qu’il est: un corps fort, en santé, que j’ai détesté si longtemps et qui est toujours là pour moi, qui me fait vivre, qui me donne du plaisir, me surprend et m’accompagne.

Être bien, en paix avec soi dans son entièreté, physique, mentale et spirituellement, c’est le travail d’une vie. Peu importe le struggle sur ton image, ta santé mentale, ton physique ou sur tes relations, peu importe ce que tu surmontes en ce moment ou les défis et traumas de ton passé, you got this, tu mérites tout l’amour que tu peux te donner, puis il faut commencer aujourd’hui!

 

Quelle est ta relation avec ton corps et plus spécifiquement en rapport avec le principal sujet dont nous avons discuté en personne?

Je suis maintenant en paix avec mon corps, sa douceur, son vécu, j’ai surmonté avec beaucoup de peine toute la vision négative et la pression des autres et de moi-même sur mon corps, en tant qu’enfant gros et shamé. Je suis maintenant bien avec mon enveloppe, ses changements, la place que mon corps prend, la nourriture qui l’alimente et je suis en paix avec les jugements des autres sur leurs propres corps et le mien. Tout ça ne m’affecte plus et je m’empêche de commenter ou de juger le corps ou les opinions des autres. Il s’agit d’une énorme détox d’entourage aussi dans ce processus et d’un long chemin à parcourir pour arriver à cette paix, mais c’est tellement libérateur. Je le souhaite à tout le monde. Je crois que c’est vraiment un travail continu d’ouverture envers sa propre réalité et c’est le travail d’une vie, le plus tôt on l’assimile, le plus tôt on se concentre sur les aspects de notre vie qui valent vraiment la peine. Combattre le patriarcat par exemple (haha!), voyager, les soirées pyjamas, aller danser, passer du bon temps avec du monde qu’on aime, les vidéos de chats ou peu importe ce qui te fait plaisir et qui est de la vraie joie pour toi, tu mérites tout ça et de te focuser sur ce qui t’apporte du bonheur dans la vie.

Je crois que tous les corps sont naturellement magnifiques et purs, y compris le mien, alors après le stade d’apprivoisement de ma chair, je le trouve finalement beau dans son unicité, et c’est pourquoi je l’assume (enfin) pleinement. Je sens un gros pouvoir à aider un (mini) peu la représentation des corps gros dans les réseaux sociaux et les médias. J’espère vraiment rester dans cet état d’esprit le plus longtemps possible. C’est un travail constant, précieux et nécessaire. La minceur ne t’assure ni la santé, ni l’immortalité, et on le sait tous. Il faut simplement un petit reminder par moments. En plus d’essayer de s’entourer de personnes qui nous ressemblent et qui ont les mêmes valeurs que nous!

 

Quel impact a eu le regard des autres sur toi?

Un énorme impact. Lorsque j’étais enfant, j’ai appris que mon corps n’était pas à moi, qu’il était là pour être regardé, touché et qu’il ne m’appartenait pas. Il n’était pas bon, beau ni bien. J’avais l’impression qu’il devait être modifié, qu’il était sans cesse scruté et que je devais travailler dur pour le changer afin de rentrer dans les standards de beauté. Être naturellement qui j’étais n’était pas moralement acceptable puisque j’étais grosse et que grosseur équivalait à mauvaise santé, gloutonnerie, mort prématurée, malheur, solitude et célibat. Par conséquent, ma logique était que pour être acceptée et aimée je devais me faire le plus petite possible. Toute cette stigmatisation et discrimination des personnes avec des corps hors norme touche énormément de jeunes, d’enfants et on doit s’améliorer en tant que société. Le travail se fait, peu à peu. Le regard des autres sur la différence change, et j’en suis fucking ravie! Pardon my french. Pouvoir déconstruire ces traumas, ces idéaux, cette pression sociale, couche par couche, pouvoir finalement me dissocier de l’image qu’un autre pourrait avoir de mon corps, finalement l’accepter et l’aimer mais surtout l’écouter et lui faire confiance, est pour moi l’une de plus belles réussites de ma vie. C’est énorme.

 

Quelles fxmmes t’inspirent le plus et pourquoi?

Les fxmmes originales, intelligentes et qui sortent de la norme, des standards et qui travaillent surtout pour faire évoluer nos mentalités en tant que société. Les personnes militantes qui se battent pour les droits des fxmmes, des enfants, contre la diet culture, contre le fast fashion, pour bâtir un meilleur futur plus inclusif et plus juste. Les blogueuses, chroniqueuses, les photographes comme vous, puis toutes les femmes qui nous donnent une voix, qui nous supportent sans mesquinerie et qui s’ouvrent à moi via DMs, qui nous appuient à travers tout ça! Celles qui repoussent les limites, qui prennent leur place et qui osent élever leurs voix pour celles qui n’en ont pas encore ou qui sont incapables de le faire. Je pense aux femmes autour de moi et qui forment les communautés que je fréquente. Je pense aux artistes et créatrices de safe space pour fxmmes grosses, pour fxmmes racisées, personnes non binaires, pour les minorités sexuelles et de genre. Ce sont les fxmmes qui me rendent heureuse au jour le jour, fière d’être là et d’être contagieuse de leur force, de leur lumière, qui me font me sentir privilégiée de les connaître et de les côtoyer dans la vie et sur les réseaux sociaux et de les voir pousser les limites pour notre bien à tous.tes! Bref, les femmes qui m’entourent sont celles qui m’inspirent.

 

Quelle est la décision la plus dure/importante que tu as dû prendre en rapport avec ton corps et ta perception de celui-ci?

Arrêter d’être violente envers mon corps a été un travail dur, ardu, long et plein de recherches et de questionnements. Je ne viens pas d’un milieu féministe, engagé ni anti-grossophobe, alors j’ai commencé le processus très très loin derrière et entourée de toxicité, que j’ai dû pointer pour mieux apprendre. C’est aussi le plus grand pas que j’aurais pu franchir envers l’amour propre. Un moment crucial pour moi, sortir de la diet culture et de la haine de mon corps, mais aussi de l’aspect moral qu’on attribue à notre image, à la nourriture, à la grosseur, à la recherche de la fausse santé qui passe par l’adulation de la minceur. Je suis vraiment vraiment très fière d’avoir une vision saine des corps en général aujourd’hui.

 

Pourquoi, selon toi, la société accorde-t-elle une valeur aussi importante aux standards de beauté modernes et plus spécifiquement au corps de la fxmme?

Parce que la femme est encore aujourd’hui vue comme un objet et pas un sujet. Oui, oui, en 2020! Nous sommes encore des objets de désir, considérées comme malléables et influençables par la société de consommation. Évidemment, nos insécurités vendent des millions de dollars, que ce soit en pilules minceur, diètes miraculeuses ou bien en chirurgies esthétiques, réductrices, bariatriques, en maquillage ou en plan d’entraînement. Tout ça, alors qu’il n’y a rien de mal avec nos corps tels qu’ils sont. 

Ton corps, ton visage, ton apparence en général sont parfaits. Ils sont uniques, beaux et nul besoin de les améliorer. Selon moi, c’est une perte de votre intelligence, de votre argent, de ressources mais surtout de temps que vous passez à ne pas être bien, heureuses, en paix avec vous-mêmes!

On nous apprend que si l’on travaille assez fort à se haïr collectivement, assez longtemps, on arrivera à rejoindre l’idéal de perfection. Malheureusement, ces idéaux ne sont pas réalistes ou fixes dans le temps, et ne nous assurent pas vraiment le bonheur, alors l’inaccessible nous fait toujours rêver et nous fait dépenser, on peut mettre ça sur le dos du grand méchant capitalisme, aussi simple que ça puisse paraître. Il est donc essentiel de développer une conscience par rapport aux pressions que la société nous impose, la pression de la performance et de notre capacité à nous modeller selon ce qui est à la mode ou désiré en fonction de notre emplacement géographique et de notre culture. Il faut comprendre que toute cette pression est extrêmement violente pour nos corps et notre santé mentale, mais surtout pour la confiance en soi. Il est primordial d’arriver à s’aimer tel qu’on est pour créer une société plus ouverte, plus heureuse, plus diversifiée, pour tous.tes.

 

Quand est-ce que tu te sens la plus belle? 

Lorsque je suis entourée de mes amies, qu’on rit, qu’on jase, que je mange un bon repas sans culpabilité, je me sens belle. Lorsque je magasine et que je me regarde semi-nue dans une cabine mal éclairée et que j’aime le reflet du miroir, que je me vois dans des photos prises par d’autres personnes et que je trouve mon visage doux, ma cellulite vraie, la force dans mes plis et ma peau… C’est tellement empowering! Je me sens belle mais aussi authentique et vraiment unique. Je me sens belle lorsque je mets un ensemble badass, que je me regarde dans le miroir et que je me reconnais pleinement dans mon style, que je réalise que je mérite toute la douceur, la vulnérabilité, et l’amour que je vois dans la personne que j’ai devant moi. Je découvre aussi ce que c’est de se sentir belle à travers les yeux de mon nouveau copain, il me dit souvent que je porte un outfit qui bam! (ses mots à lui haha!), je sais que mon assurance paraît dans ces moments-là et je me feel à l’infini, l’amour propre c’est super contagieux puis ça nous guérit profondément, un petit peu plus chaque jour, et je nous le souhaite à tous.tes!