Safia Nolin

“La vérité c’est que commencer par me couper des réseaux sociaux m’a aussi coupé des attentes et j’ai commencé à retrouver ma valeur en tant qu’artiste. J’ai commencé à détacher les mots succès et argent à valeur artistique. Ce n’est pas une lutte que j’ai fini de mener avec moi-même. Je commence juste à me retrouver, avec mon art, avec mes combats et les gens qui veulent bien m’écouter”

NOM: Safia Nolin

ÂGE: 27

___

 

J’ai supprimé Instagram.

J’ai supprimé Instagram le jour où je me suis rendue compte que ça feedait la bébitte de marde qui me drag vers le fond depuis 2 ans.

C’est une bébitte de marde que l’attention et la notoriété m’ont laissée après 2 ans et demi de succès pitché dans face.

C’était le fun, le temps que ça a duré. Deux ans et demi de bravos et de you’re the shit et de tournée, de shows qui s’enlignent pis d’estime qui monte. Au final, ça bouchait ben des trous que j’avais. Sans m’en rendre compte, toute cette nouvelle attention me gardait comme une mère bienveillante et remplissait toutes mes carences émotionnelles en me flattant les cheveux à coup de likes et de commentaires. C’est pas très sain tout ça et je m’en rendais pas compte. Je viens de commencer à m’en rendre compte, je viens d’accepter que tout ces trous sont redevenus vides. Que mes vieux patterns sont entrain de revenir doucement comme de la visite que t’as pas envie de voir. Mon deuxième album, c’est le début de la fin. C’est le début du cycle vie-mort-vie “ lire le conte la femme squelette dans Femme qui court avec les loups de Clarissa Pinkola Estes”. Il est né et j’étais tellement fière, je l’ai présenté à mes “parents” , ils l’ont trouvé un peu lourd et un trop dark, j’ai eu de la peine, j’ai pris quelque temps pour le réapprivoiser et l’aimer et je l’ai lancé dans le monde. J’ai lancé une grosse roche lourde dans un monde de légèreté, de pénurie d’attention span et de couleurs vives.

 

Pour moi, le succès c’est devenu l’amour.

À ce moment là, je le veux, je le désire, j’en ai besoin et chaque seconde qui s’écoule sans que ça avance ou monte, je meurs à petit feu. Je désire quelque chose, je désire l’approbation des gens en fait j’ai besoin que les gens me valident en me donnant de l’attention, ce que je fini par confondre avec de l’amour.

 

Petit à petit, je réalise que ça ne sera pas comme le premier. Le temps passe et je vends moins d’albums mais je m’accroche au spectacle. Dans mes spectacles il y a des gens, mais il y en a moins que dans la première tournée. Les billets sont plus chers, le spectacle est plus gros donc les salles plus grosses mais les billets sont plus difficiles à vendre.  J’ai des bonn.e.s ami.e.s qui me supportent, j’ai une amoureuse très patiente et à l’écoute. Je m’en sors grâce à ça. Je trouve ça dur mais je profite en me disant que c’est pas grave parce que ça vient juste de commencer.

 

En fait non Safia, ça venait pas juste de commencer. Ce qui venait juste de commencer c’était comment t’allais finir par croire que tu valais plus rien aux yeux de personne.

 

Ce jeune garçon que t’apprécies beaucoup, il vient d’arriver et ça marche vraiment bien. Ça marche vraiment mieux que toi en fait, pis les gens te comparent souvent à lui. Parce que vous marchez un peu dans le même chemin sauf que toi t’as l’impression que y’a pu de place pour toi, en fait t’es persuadée. T’es tellement persuadée que tu pleures sans que personne sache, que tu penses pu vraiment a c’qui a devant toi mais ce qui a pas devant toi. Les prix? Tu les gagnes pu. L’attention? T’en a moins. C’est pu toi la nouvelle coqueluche pis c’est correct c’est juste que tu le sais pas encore pis tu souffres vraiment beaucoup. Tes relations de travail deviennent plus compliquées parce que tu es déçue de toi, déçue de l’industrie et des résultats de ton travail, votre travail.  Au lieu d’en parler aux autres, tu le gardes pour toi pis tu le justifies d’une façon un peu hypocrite parce que c’est quoi qui est pire que la déception? La jalousie. Oui dans le fond t’es jalouse. T’es malheureusement jalouse, et tu cherches à tout prix à ne plus l’être mais ça marche pas parce que t’arrives pas à te l’avouer. T’as pas envie d’être cette personne-là, t’as pas envie de pas être satisfaite de c’que t’as. Ce jeune garçon devient ces jeunes garçons. Ces jeunes garçons sont devenus tout le monde.

 

Moment donné je me suis écoeurée d’être de même, j’étais pu capable de pu avoir envie de brailler sans cesse, de me sentir comme une moins que rien. Fait que j’ai commencé par supprimer Instagram. Pis ça a eu un impact assez gigantesque sur ma santé mentale. J’ai petit à petit arrêté de me comparer à tout le monde, j’ai aussi réalisé qu’Instagram c’était pas la réalité mais une plateforme qui sert à partager de l’art oui mais qui permet de partager une version améliorée de notre vie. J’ai sûrement fait sentir des gens comme de la marde moi aussi et je m’en excuse. C’est le fun ma vie mais des fois ça va très mal. La vérité c’est que commencer par me couper des réseaux sociaux m’a aussi coupé des attentes et j’ai commencé à retrouver ma valeur en tant qu’artiste. J’ai commencé à détacher les mots succès et argent à valeur artistique. Ce n’est pas une lutte que j’ai fini de mener avec moi-même. Je commence juste à me retrouver, avec mon art, avec mes combats et les gens qui veulent bien m’écouter. Merci d’ailleurs, merci pour tous vos mots et vos visages à mes shows. Désolée de pas avoir su avant. Je souhaite à tout le monde qu’on s’en parle, qu’on se parle de nos côtés laids et qu’on s’écoute. Qu’on soit bienveillants et qu’on étouffe nos monstres intérieurs. Que ça soit dans l’industrie, ou pas. Je ne nous souhaite plus de burnout.

 

En attendant, je me suis acheté une machine à tattoo et je magasine un autobus pour vivre dedans avec mon chien.

Je réapprend la définition du mot succès.

Si le succès c’est ça, je ne veux plus réussir.

Vie-mort-vie.