Rose-Anne – Developing a resilient relationship with her body

“J’ai aussi réalisé que je n’ai pas envie de changer mon apparence physique parce que je trouve ça important qu’il existe plein de modèles de corps différents. Mon corps fait écho à celui d’autres femmes et si elles existent dans la réalité ces femmes-là, elles doivent exister dans notre univers culturel.”

NOM: Rose-Anne

ÂGE: 26

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En devenant comédienne et en comprenant l’importance du corps dans ce métier,  inévitablement je me suis mise à me comparer, à me demander si j’avais le poids qu’il fallait, si j’avais une face « intéressante », si j’allais « fitter » dans les critères de beautés et sinon si ça allait me nuire.

Dans cette période, en plus d’avoir des pensées négatives envers moi-même, je me culpabilisais, comme si la personne que je voulais être n’avait pas le droit de se dévaloriser. Alors je me créais des sentiments négatifs sur deux niveaux : en me trouvant moche, et en me trouvant conne de me trouver moche.

Pourtant j’avais le plus beau des discours sur l’acceptation de soi, mais j’avais de la difficulté à l’appliquer sur moi-même, comme si toutes les autres femmes avaient le droit d’être bien dans leur corps, mais pas moi.

Puis dernièrement il y a eu comme un début de changement en moi par rapport à tout ça.  C’est comme si tout ce que j’essayais de me rentrer dans la tête sur le laisser-aller commençait à faire racines en moi pour vrai. Je commence réellement à croire à mon discours que j’essaie d’appliquer. Ça fonctionne.  Je me suis tellement souvent rappelée que je ne suis pas OBLIGÉE d’être quelqu’un d’autre que moi, que je suis plus que mon corps. Je me suis si souvent rappelée que les gens que j’admire sont libres et se battent contre cette pression qu’on se met. Je me suis si souvent rappelée que les gens que je trouve moi-même les plus beaux sont ceux qui sont heureux d’être qui ils sont. Je me suis donnée le droit de l’être moi aussi.

Mon corps je veux le voir comme un outil, en essayant vraiment de le mettre au service de l’art que je pratique, celui d’incarner des personnages.

Évidemment ce qui est le plus difficile c’est de dissocier la femme de l’actrice mais pour moi il est essentiel de le voir comme ça. Je n’ai jamais voulu faire ce métier pour jouer les « laides » ni les « belles », mais bien pour jouer des femmes, complexes et pleines de facettes. C’est ce qui est important pour moi, et la meilleure façon pour y arriver, c’est d’être moi-même à l’aise avec mon corps le plus possible.

J’ai aussi réalisé que je n’ai pas envie de changer mon apparence physique parce que je trouve ça important qu’il existe plein de modèles de corps différents. Mon corps fait écho à celui d’autres femmes et si elles existent dans la réalité ces femmes-là, elles doivent exister dans notre univers culturel.  

J’ai envie d’appliquer plus de tolérance envers moi-même, envers mon corps. Je veux être indulgente. Accepter ce que je suis et ce que je dégage. Je n’ai pas envie de me réveiller à 80 ans, et de regarder en arrière en me disant avec regret : “tout ce temps perdu à ne pas être bien, tout ce temps perdu à penser du mal de mon corps au lien d’aimer, de créer, d’aider, de découvrir…” L’important ce n’est pas de se tripper dessus à chaque secondes, mais de ne plus nourrir de haine, et d’accepter que ce que je suis mérite le respect.