Rose-Aimée – Taking ownership of her body

“Je veux un corps militant. Une chair qui parle, qui crie, qui demande et qui donne. Une enveloppe qui se pardonne, qui s’affiche. Qui jamais ne cache ce qu’elle est. Ce qu’elle mérite. “

NOM: Rose-Aimée

ÂGE: 30

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Mon corps est la somme de celles et ceux qui l’ont touché.

 

Il a accumulé la tendresse de celles qui l’ont bercé, langé, caressé. De mille « béqué-bobo » et d’autant de doigts dans les cheveux.

 

Il a intégré la haine de ceux qui l’ont poussé, colonisé, agressé. De ces inconnus qui, depuis quelques années, m’écrivent avec mépris qu’un jour ils vont le toucher.

 

Il a absorbé la bienveillance de ces hommes qui l’ont vénéré, stimulé, nourri. De ces femmes qui l’ont louangé, désiré. De ces allié.e.s qui le réconfortent avec leurs bras-fjord et leurs yeux-feu-de-camp.

 

Il a stocké, dans chacun de ses tatouages, une constellation de petits deuils. Dans chacun de ses os, la crainte de la dépossession. Dans ses moindres rires, la lumière d’un quotidien privilégié, paqueté d’amour.

 

Mon corps est une éponge que j’apprends à essorer.

 

Je veux le faire mien. En devenir la seule architecte.

 

Je veux un corps militant. Une chair qui parle, qui crie, qui demande et qui donne. Une enveloppe qui se pardonne, qui s’affiche. Qui jamais ne cache ce qu’elle est. Ce qu’elle mérite.

 

Tranquillement pas vite.

Tranquillement pas vite…