Maude – The ugly truth behind beauty standards

“Lorsqu’on me regarde, une analyse normative commence son travail dans les cerveaux pour fournir les étiquettes qui correspondent à mon apparence : femme cis hétéro dans les normes de beauté en santé. Aucun doute ne s’immisce, comme s’il s’agissait d’une évidence absolue. Pourtant, je suis une personne queer, lesbienne et non binaire. Et je ne suis pas en meilleure santé depuis que j’ai perdu près de 100 livres durant la dernière année. “

NOM: Maude

ÂGE: 27

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J’ai des vergetures, un surplus de peau flasque et mou par endroits, du poil sous les aisselles. Je saigne du vagin tous les mois.

 

Je ne suis plus grosse. On me dit que je suis belle maintenant.

 

J’aime colorer ma bouche d’un vermillon profond, illuminer le haut de mes pommettes pour qu’on puisse les apercevoir briller depuis la lune, bronzer ma face, me parfumer. J’apprécie les jupes et les robes, je suis une grande excessive qui aime le rose et les couleurs pastel.

 

Je ne suis pas une femme. On me répète pourtant que je le suis.

 

Lorsqu’on me regarde, une analyse normative commence son travail dans les cerveaux pour fournir les étiquettes qui correspondent à mon apparence : femme cis hétéro dans les normes de beauté en santé. Aucun doute ne s’immisce, comme s’il s’agissait d’une évidence absolue.

 

Pourtant, je suis une personne queer, lesbienne et non binaire. Et je ne suis pas en meilleure santé depuis que j’ai perdu près de 100 livres durant la dernière année.

 

On m’impose ma propre identité, ainsi que mon niveau de beauté. On me qualifie comme étant féminine puisque je suis conforme aux normes sociales qui dépeignent ce qu’est la féminité. Il semblerait donc que je ne puisse être nulle autre qu’une femme.

 

J’étais grosse avant et on me le faisait remarquer à coups de mots tranchants, comme si je n’étais pas déjà au courant, cohabitant avec mon corps en tout temps. Comme s’il s’agissait d’une insulte et d’une honte.

 

Une grosse femme avant, une belle femme maintenant.

 

Je commençais à douter de mon identité au début de l’adolescence, lorsque j’ai compris que selon tout le monde, je devais être une femme hétérosexuelle. J’ai par la suite été prise au piège dans plusieurs dynamiques relationnelles avec des hommes, lesquelles n’étaient pas des plus positives. Tout me rappelait quotidiennement à mon supposé rôle de femme hétéro, et cette pression inconsciente a fait son travail pour museler une partie de qui j’étais.

 

J’ai commencé à identifier plus précisément ma non binarité peu de temps avant de débuter ma perte de kilos. Et plus je maigrissais, plus je me sentais invalidée dans mon identité. Pourquoi? Parce que je correspondais de plus en plus à ces standards de beauté physiquement, et donc, qu’on me percevait davantage comme étant féminine. Chaque connaissance, ami.e et proche ayant croisé.e.s ma route ne pouvaient s’empêcher de commenter mon corps changé.

 

Tu es tellement belle maintenant. Bravo pour ta perte de poids. Tu dois être fière de toi. Ça te fait vraiment bien la minceur. Je ne te reconnais pas, wow, tu es si jolie.

 

Mon style vestimentaire, mes tenues et ma façon de me préparer n’avaient pourtant pas changées. Seules ma silhouette et la quantité de graisse qui recouvrait mon corps s’étaient transformées.

 

En seulement quelques semaines, je n’avais jamais été la cible d’autant de compliments de toute ma vie. Un nombre excessif de personnes n’ayant jamais signalé me trouver belle le faisait soudainement avec un naturel impulsif, durant les premières minutes suivant nos rencontres. Comme si j’étais enfin belle, après tout ce temps d’attente.

 

Ces faux compliments sont les meilleures formules magiques pour faire briller cette foutue grossophobie crasse.

 

Je ne suis pas plus féminine, ni plus belle et séduisante depuis ce changement corporel. On me dit tout de même le contraire depuis, à cause de ce système normatif et oppressif. On nous pousse tous.tes vers la haine des corps hors normes. Vers la valorisation exclusive de la minceur.

 

La grossophobie, l’hétéronormativité, la cisnormativité et les LGBTQIA+phobies provoquent de réelles conséquences, au point de pouvoir fracasser la vie de nombreuses personnes. Leurs vécus et leurs identités doivent cesser d’être invalidés et stigmatisés. Elles ne doivent plus être contraintes à se mouler aux autres pour avoir le droit d’exister dans le respect et la considération.

 

Les personnes non binaires et lesbiennes qui sont féminines existent, et j’en fais partie.