Marie-Pierre Beauséjour

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NOM: Marie-Pierre Beauséjour

ÂGE: 39

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Marie-Pierre a 39 ans, vit à Montréal où elle travaille dans le tourisme. “ Grosse madame ”,  comme elle se qualifie, elle pose sur son “ corps potelé ” toute la positivité et l’amour  propre qu’elle a en stock. Dans l’intimité de son appartement, elle pose sous l’objectif  sorore de Sara et Cassandra, instigatrices de la collection de portraits The Womanhood  Project

Sara Hini et Cassandra Cacheiro sont deux photographes, respectivement nées en Algérie et au Québec, basées toutes les deux à Montréal. En 2016, elles deviennent amies et créent  simultanément The Womanhood Project, une plateforme digitale racontant les histoires  authentiques de femmes et personnes non-binaires qui se livrent à elles. 

Quelle relation entretiens-tu avec ton reflet dans le miroir ? 

Je suis plus que jamais en paix avec lui. Je ne suis pas dans le déni, je ne fais pas  non plus de sursaut quand je croise mon reflet. J’apprécie ce que je vois dans le miroir et dans les  yeux des gens qui me croisent. 

Quelle ado étais-tu ? 

J’ai passé mon adolescence à faire de la danse sociale (danse de salon, ndlr), toutes mes soirées  de 10 à 17 ans se sont déroulées dans des sous-sol d’église à changer de partenaire au rythme  des mélodies romantiques de vieux crooners français. J’ai été élevée à mettre de la grâce dans  mes mouvements, entourée d’hommes très sérieux qui nous faisaient onduler comme des capes  devant des taureaux. A l’adolescence j’étais une romantique absolue ! J’étais beaucoup moins  ronde à cet âge mais quand même plus grosse que mes copines, j’avais l’air plus vieille et ça  m’arrangeait bien. La danse m’a habituée à être regardée, jugée. 

Tu te sens souvent jugée ? 

Honnêtement, le regard des autres m’a rarement affectée. Plus je vieillis, plus je réalise qu’avec un  beau sourire et une incroyable attitude tu peux avoir l’air de qui tu veux. 

C’est l’image que tu veux renvoyer ? 

J’ai envie de donner l’exemple. Mon fils m’a dit dernièrement que j’étais la personne qui lui donne  le plus d’amour mais que je n’étais pas son exemple en termes d’image corporelle. 

Comment tu t’es sentie quand il t’a dit ça? 

Très triste. J’ai réalisé que je n’ai jamais eu non plus un bon exemple de vie saine avec mes  parents. Il a fallu que ma mère décède pour que mon père se prenne en main. Ils ont toujours été  gros. Ma mère était une grosse femme pleine d’amour. 

Quel regard elle portait sur ton corps d’enfant et que t’a-t-elle transmis ? 

Elle me répétait toujours : t’es belle, t’es ronde, t’es pas faite comme tout l’monde . Ça m’a  affectée positivement. Elle a essayé tous les régimes et on a tout fait ensemble. Rien n’a  fonctionné. Je pense même que celui avec une haute teneur en protéines l’a un peu tuée. Malgré  tout, le souvenir que je garde c’est d’avoir passé du temps avec elle. Elle me manque tellement…  Pour moi, c’était une façon de faire attention l’une à l’autre. 

Est-ce que ton corps est un sujet souvent discuté avec ton mari?

On est tous les deux gros. Lorsque nous parlons de notre poids, c’est toujours en rapport à notre  santé parce nous voulons vieillir ensemble. Pour moi, son corps est un nuage et il me répète  souvent que le mien est une plage. J’ai l’impression que je suis comme un oreiller, un calinours,  les gens qui me connaissent me touchent toujours. Pourquoi je voudrais être autrement ? 

As-tu l’impression qu’à notre époque, en tant que grosse femme, tu te dois d’être dans une  posture militante contre la grossophobie? 

Je ne suis pas la warrior aux grosses fesses que je pourrais être. J’adhère au mouvement et à  celles qui le font, mais je n’ai pas envie d’en faire ma cause. Grosse, c’est la façon la plus rapide  de me décrire, « c’est la grosse madame du café ». Tant mieux si c’est comme ça qu’on me  reconnaît. Mais les activistes, je les comprends. Quand on souffre de grossophobie, on veut éviter  que d’autres n’en souffrent. 

Quelles femmes t’inspirent ? 

Parmi tant d’autres, il y a France Paradis, une psychoéducatrice québécoise féministe. Je l’ai  rencontrée et son féminisme m’a vraiment marquée. Elle incarne ses valeurs. C’est une badass,  elle conduit des motos à 60 ans, prend de la place et s’exprime d’une façon magnifique. 

Pour toi, c’est quoi être femme? 

C’est justement France Paradis qui m’a dit un jour : « L’énergie et la force des femmes, c’est la  solidarité, l’insubmersible espérance, la créativité et la folie. » On l’oublie trop souvent. 

 

 

 

 

Marie-Pierre, 39, lives in Montreal where she works in the tourist industry. A “fat lady” as  she calls herself, she sees her “plump body” with the positivity and self-love that she has in  plenty. In the intimacy of her flat, she poses in front of the camera of fellow sisters Sara and  Cassandra, who started the portrait collection, the Womanhood Project. 

Sara Hini and Cassandra Cacheiro are two photographers, born in Algeria and Quebec  respectively, now both based in Montreal. In 2016, they became friends and simultaneously  created The Womanhood Project, a digital platform which tells the true stories of women and non binary people who confide in them. 

What is your relationship with the person you see in the mirror? 

I am more at peace with her than I have ever been. I am not in denial, and I don’t  flinch when I meet my reflection. I appreciate what I see in the mirror and in the eyes of people I  come across. 

What kind of teenager were you? 

I spent my teenage years practicing social dancing, every evening from 10 to 17 years-old were  spent in church basements, swapping partners to the rhythm of romantic songs by old-fashioned  French crooners. I was raised to put grace in my movements, surrounded by very serious men who  made us wave like capes in front of bulls. As a teenager I was an absolute romantic! I was a lot  less plump at that age but still fatter than my friends, I looked older and it suited me well. Dancing  taught me to be watched, judged. 

Do you often feel yourself judged? 

To be honest, I’ve been rarely affected by how people viewed me. The older I get, the more I  realize that with a dazzling smile and a smashing attitude, you can be whoever you want. 

Is this how you want to be perceived? 

I want to set an example. My son told me lately that I am the person who gives him the most love  but that I am not his role model in terms of body image. 

How did you feel when he told you? 

Very sad. I realized that my parents too have never been a good example to a healthy life. It’s not  until my mum died that my dad pulled himself together. They’ve always been fat. My mum was a  big fat lady full of love. 

How did she look at your body as a child and what is her legacy? 

She used to constantly tell me: “you’re beautiful, you’re plump, you’re not made like anybody else”.  It had a positive impact on me. She tried every single diet and we did them all together. Nothing  worked. I even think that the high protein one killed her a bit. Still, what I remember is spending  time with her. I miss her so much… To me, it was a way of looking after each other. 

Do you often discuss your body with your husband? 

We’re both fat. When we talk about our weight, it’s always related to our health because we want  to grow old together. To me, his body is a cloud and he often tells me that mine is a beach. I feel  like I’m a cushion, a cuddly bear, people who know me always touch me. Why would I be any  different?

Do you feel that these days, as a fat woman, you should fight actively against fatphobia? 

I am not the big panty warrior I could be. I agree with the movement and with those who take part  but I have no desire to make it my fight. Fat is the fastest way to describe me, “she’s the fat lady at  the café”. If that’s how people recognize me, then fine. But I understand activists. When you suffer  from fatphobia, you want to protect others from it. 

Who are the women who inspire you? 

Among many others, France Paradis, a feminist psychoeducator from Quebec. I met her and her  feminism really made an impression on me. She is what she defends. She’s a bad-ass, she’s sixty  and rides bicycles, people notice her, and she speaks with such brilliance.   

According to you, what makes a woman? 

Actually, France Paradis herself told me one day: “Women’s power and strength are solidarity,  unsinkable hope, creativity and madness”. Too many people tend to forget.