Keniya – Self-love & body positivism through domestic violence

”Récemment, je ne voulais pas le croire ni l’admettre, mais j’ai été victime de violence conjugale. Ça a drastiquement changé ma vie et ça m’a fait comprendre beaucoup de choses.”

NOM: Keniya

ÂGE: 21 ans

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 Quel a été / est ton plus gros ‘struggle’ en tant que femme?

Mon plus gros struggle en tant que femme et en tant que femme racisée au Québec (parce que ça rentre énormément en compte), je dirais que c’est de faire valoir mon opinion, ma voix et mes idées. Premièrement en tant que femme parce que notre socialisation fait en sorte qu’on a plus tendance à vouloir écouter un homme parler qu’écouter une femme parler. On apprend aux filles dès leur bas âge à être dociles, douces, calmes, indulgentes et à l’écoute de tout le monde. On apprend cependant aux hommes à être « tough », à poursuivre leurs rêves, à ne pas montrer leurs émotions et à agir en « vrai mâle dominant ». Just let that sink in for a while. Bien sûr que je me suis faite interrompre par les hommes quand je parlais. Bien sûr que je me suis faite ignorée quand j’avais des idées à faire valoir auprès d’eux. Bien sûr qu’on a sous-estimée mes capacités intellectuelles et/ou physiques auprès d’eux, encore une fois. D’ailleurs, c’est encore vrai aujourd’hui. C’est moins souvent qu’avant, mais toujours vrai. Deuxièmement, en tant que femme racisée. Parce que quand tu fais partie d’une minorité visible, ben ça le dit mot pour mot, t’es une minorité. T’es différent de tout le monde, on ne sait pas vraiment ce que tu es. J’étais juste «Keniya la seule haïtienne de toute la classe au secondaire». Fait que, t’es étiquettée, pi personne veut vraiment partager tes opinions parce que t’es une minorité.

Qu’as-tu appris de ça?

Cela dit, j’ai appris à aimer ma différence et à la transformer à mon avantage. Oui je dois redoubler d’effort pour arriver à être considérée au même stade qu’un homme blanc ou qu’une femme blanche, et non, ça ne marche pas toujours, mais je suis simplement rendue habituée disons. Or, ce n’est pas le plus gros des struggles que j’ai vécu en tant qu’humaine tout court.

Quelle est ta relation avec ton corps et plus spécifiquement en rapport avec le principal sujet dont nous avons discuté en personne?

Récemment, c’est-à-dire, il y a moins de 5 mois, je ne voulais pas le croire ni l’admettre, mais j’ai été victime de violence conjugale. Ça a drastiquement changé ma vie (pour le mieux) et ça m’a fait comprendre beaucoup de choses. J’ai compris que les gens, y compris moi-même, n’étaient pas vraiment sensibilisés à ce genre de violence, et encore moins à la violence psychologique, qui est une de ses formes. Lorsque j’avais enfin accepté ma réalité en tant que victime et que j’en avais parlé à quelques proches, les premières réponses que je recevais étaient du genre: «Oh mon dieu! Il te frappait? Pourquoi t’es pas partie?» et par la suite «Ah ok, au moins il t’a pas frappée… j’espère que t’es correcte». J’ai perdu quelques «amis» qui ne m’ont pas cru et qui ont plutôt pris le côté de l’agresseur. Mais «grâce» à cet incident, aujourd’hui je sais qui était fait pour rester dans ma vie et qui devait en partir. Je suis donc restée dans un refuge pour victimes de violence conjugale pendant un mois et demi où j’ai reçu la plus grande aide et où j’ai fait des rencontres inoubliables (dont la rencontre avec moi-même). En y ressortant sans emploi et sans maison, j’ai dû repartir ma vie à neuf. Ça n’a pas été aussi simplement fait que dit. Ça a été très difficile. Ça l’est encore des fois. Sauf qu’aujourd’hui, je ne peux pas être plus reconnaissante pour la façon dont ma vie s’est transformée en bien et combien elle est remplie de bénédictions. Si on me demandait de retourner en arrière, je n’aurais absolument rien changé. Ça m’a appris beaucoup de choses sur moi-même. Je n’ai jamais été aussi certaine, confiante et en amour avec moi-même que je le suis maintenant. C’est triste à dire, mais on dirait qu’il m’a fallu cet évènement pour enfin connaître ma vraie valeur et comprendre que je ne pouvais plus laisser personne me traiter pour moins que ce dont je vaux.

J’avais déjà une attitude plutôt body-positive avant que cet incident arrive dans ma vie, mais depuis que j’ai quitté le refuge et que j’ai pris du recul sur les événements, ma confiance en moi et mon amour corporel ont augmenté de manière exponentielle. Je dirais que les intervenantes dont je voyais sur une base tri-hebdomadaire m’ont grandement aidée à me faire connaître ma valeur et à la faire respecter par respect et amour pour moi-même.

Quelle est ta définition de la féminité?

Pour moi, la féminité ça ni queue ni tête. Ça n’a pas de genre ni de look en particulier. Toute personne peut être féminine. Toute personne peut se sentir féminine.

Quelles femmes t’inspirent le plus?

Il y a dans la vie beaucoup trop de femmes qui m’inspirent pour être capable de toutes les nommer. Plusieurs m’ont inspiré et ont contribué à me faire devenir la femme que je suis aujourd’hui. Sur instagram il y a eu @bae.doe, @monicagh, @ame.pm, @bodyposipanda just to name a few. Dans ma vie quotidienne, il y a ma mère, ma grand-mère, Oanh Nguyen, Cathy Wong, Solange Knowles, Princesse Nokia et j’en passe. Elles ont toutes quelques chose en commun qui me rend fière d’être femme: elles sont culottés et ont eu un impact positif sur ma vie.

Quand est-ce que tu te sens la plus belle?

Il n’y a pas vraiment de moments en particulier où je me sens plus belle. Y’a des après-midi où je vais me lever et me sentir comme un million dollar bill, ça dépend vraiment de mes mood swings. D’autres fois je vais me sentir moins belle, mais je sais que c’est juste passager. C’est souvent en très forte corrélation avec mon humeur. Mais plus souvent qu’autrement je sais que je suis belle et c’est juste une mauvaise journée qui va passer.

Pourquoi as-tu voulu participer à ce projet et poser nue?

J’ai voulu participer au Womanhood Project parce que je savais que mes valeurs et visions connectaient avec celles véhiculées dans votre plateforme. Aussi parce que je trouve que votre initiative de faire ce projet est si importante et tellement nécessaire que je voulais en témoigner à travers mes contacts et mon réseau pour que le plus de monde possible en soit au courant! Merci pour cette belle entrevue et pour ces magnifiques photos. C’était hyper enrichissant.