Karine – The paradox of motherhood

“Je me suis embarquée dans une lutte où j’ai perdu le droit sur mon propre corps. On m’enfournait dans des traitements aussi chimiques que les autres pour voir quel médecin allait gagner la course scientifique. On m’a dit que la science changera d’ici 10 ans et que peut-être je pourrai porter un enfant. Même si je ne voulais pas.   “

NOM: Karine

ÂGE: 26

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Pour toustes celleux qui se battent pour gagner leur corps.
Pour toi, mais un peu pour moi aussi.

 

Je me souviens d’un matin chaud en Thaïlande où je suis entrée d’urgence à l’hôpital. J’étais dans ma douce terre d’accueil, une amie m’accompagnait, les mains tremblantes. L’utérus en éclat, on m’a passée d’une table à l’autre, d’un médecin à l’autre, d’une langue à l’autre. Le médecin a finalement versé ses yeux dans mes yeux de billes et m’a demandé si j’avais déjà pensé faire mon testament. Un peu théâtral, un peu dramatique quand même.

 

Un mois plus tard, je suis retournée au Québec.

Retour dans une langue qui me réconforte.

 

On m’avait averti depuis un moment que je ne pourrai pas avoir d’enfant naturellement, que ma fertilité était déjà erronée. L’annonce ne m’a jamais vraiment affectée. Dans ma tête, l’idée de la maternité m’a toujours appelée différemment qu’une grossesse traditionnelle. Ce que je ne savais pas c’était ce qui m’attendait; un combat infini contre des valeurs personnelles, des idées où de purs inconnus décideront pour mon corps.

 

Mi-vingtaine, je décide que la douleur m’a vaincue, que les traitements ravageurs sont terminés. J’étais rendu à plus de trois médecins pour en trouver un seul qui voudrait me faire une hystérectomie. M’enlever cet organe qui m’étouffe. Encore une réponse négative. Après avoir entendu plusieurs médecins mentionner que ma nature de mère allait arriver vers la trentaine et que j’allais regretter mon choix, cette fois-ci c’était la première fois qu’on me disait que sans mon utérus mes revendications féministes auront moins de poids. Que je devrais justement être fière d’avoir cet organe en moi pour combattre avec mes pairs.

 

Je me suis embarquée dans une lutte où j’ai perdu le droit sur mon propre corps. On m’enfournait dans des traitements aussi chimiques que les autres pour voir quel médecin allait gagner la course scientifique. On m’a dit que la science changera d’ici 10 ans et que peut-être je pourrai porter un enfant. Même si je ne voulais pas.

 

Malgré ma respiration sifflante et mon bassin agonisé, mes agresseurs me gavaient pour être certains que j’exécute mon rôle de femme, celui d’enfanter.

 

Il est où le consentement ? On me dit qu’une femme ne peut pas décider pour son propre corps. À quand le droit aux femmes de décider si elles veulent devenir mères biologiques, adoptives ou pas pantoute ?

 

J’ai finalement arrêté tous les traitements pour laisser le temps passer jusqu’au jour où on acceptera d’enlever mon utérus. Entre-temps, un mini miracle s’est logé naturellement dans mon ventre. Le choix de le garder peut paraître paradoxal et la pression extérieure pour garder ce « cadeau du ciel » était étouffante. J’ai tout de même décider de le garder (et j’ai rencontré la plus belle chose au monde).