Jessica Prudencio

“Quand on ne ressemble à personne autour de soi, quand on ne correspond pas aux standards de beauté, c’est difficile de se sentir incluse et bien dans sa peau. J’ai dû trouver et créer mes propres modèles de beauté, de succès. C’est quelque chose avec lequel je struggle encore aujourd’hui… Mais ça va de mieux en mieux. C’est un peu pour ça que je fais ce que je fais sur les Internets : j’ai envie d’être le modèle que je n’ai pas vraiment eu en vieillissant.”

NOM: Jessica Prudencio

ÂGE: 24

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Quel a été / est ton plus gros ‘struggle’ en tant que fxmme?

Je dirais que le manque de représentation de femmes comme moi a toujours été dur. Ça m’aura pris plus de 20 ans pour enfin arriver à me sentir bien dans ma peau, dans mon corps. Environ 70% des femmes ne se sentent pas représentées au quotidien dans les images qu’elles voient dans les médias. J’ai grandi au Québec, entourées de vedettes, d’artistes, de comédiens, de professeurs, bref de figure de succès et d’autorité… minces et blanches. Quand on ne ressemble à personne autour de soi, quand on ne correspond pas aux standards de beauté, c’est difficile de se sentir incluse et bien dans sa peau. J’ai dû trouver et créer mes propres modèles de beauté, de succès. C’est quelque chose avec lequel je struggle encore aujourd’hui… Mais ça va de mieux en mieux. C’est un peu pour ça que je fais ce que je fais sur les Internets : j’ai envie d’être le modèle que je n’ai pas vraiment eu en vieillissant.

 

Quel événement marquant a eu le plus gros impact sur toi?

À la fin de mon adolescence, après avoir été pressured par mon médecin de famille tyrannique et bully de perdre du poids, j’ai commencé à fréquenter un gym. Souvent. J’ai commencé à faire hyper attention à mon alimentation, à suivre un régime. Plus je perdais du poids, plus je me sentais valide et vue par les gens autour de moi. Mais plus je perdais du poids, moins bien je me sentais dans mon corps. C’est devenu excessif mon affaire. Je faisais le plus d’activité possible. Je me sentais coupable lorsque je ne bougeais pas. Je m’interdisais de manger plein de choses et je comptais mes calories. J’étais « mince », mais tellement malheureuse. Petit à petit, mon corps se rendait compte que je manquais d’énergie. S’en est suivi un trouble alimentaire : j’avais des rages de nourriture incontrôlables. Fast forward quelques mois : j’étais encore plus malheureuse, et j’avais repris tout le poids perdu. Ma relation avec mon corps et la nourriture était brisée. Ma mère m’a aidé à aller chercher de l’aide auprès de professionnels de la santé et avec beaucoup de travail, ça va vraiment mieux maintenant. 

 

Qu’as-tu appris de ça? 

J’ai appris que le chiffre sur la balance n’a rien à voir avec ma valeur. Ça m’a forcé à faire du travail sur mon image corporelle, sur ma confiance en soi, sur ma relation avec la bouffe. C’est un travail acharné qui continuera jusqu’à la fin de mes jours, mais ça en vaut la peine. Parce que je suis juste méga grateful d’avoir le corps que j’ai. Ce corps-là me permet de me lever le matin, de travailler, de voir des gens que j’aime, de m’accomplir, de bouger, de voyager, de manger des aliments que j’aime, de connecter avec d’autres corps. Pis ça, c’est vraiment fucking awesome. Mon corps est beau et magique. On s’en fout qu’il ait des plis, des vergetures, des tâches, des boutons ou whatever. Oui j’ai encore des complexes, comme tout le monde, mais j’essaie de ne pas les laisser dicter ma vie.

 

Quel impact a eu le regard des autres sur toi?

Quand j’étais plus jeune, je voulais vraiment plaire aux autres. Maintenant, I couldn’t care less.

 

Quelles fxmmes t’inspirent le plus et pourquoi? 

Ma découverte de l’année, c’est Lizzo. Lizzo est une grosse femme noire, comme moi. Et de voir une femme comme moi s’affirmer haut et fort, se trouver chix, être talentueuse et loud, c’est tellement inspirant. Elle aussi, elle a des mauvaises journées. Comme tout le monde. C’est normal. Mais c’est juste tellement inspirant de la voir aller. Ça me prouve que je suis valide, que je peux avoir des rêves et travailler fort pour qu’ils deviennent réalité. C’est pour ça que c’est important, la représentation, la diversité.

 

Pourquoi, selon toi,  la société accorde t-elle une valeur aussi importante aux standards de beauté moderne et plus spécifiquement au corps de la fxmme?

En lisant et en faisant des recherches sur l’origine des diètes, on voit que les standards de beauté d’aujourd’hui datent du 19e siècle. Les scientifiques back then ont catalogué les différents traits physiques et les normes culturelles qu’ils voyaient. Ils ont décidé que l’embonpoint était un marqueur de « sauvagerie » parce qu’il apparaissait plus souvent chez les personnes de couleur, alors que la minceur était surtout vue chez les blancs, spécialement chez les hommes et les aristocrates. Être gros, pour ces scientifiques blancs du 19e siècle, était directement lié à la noirceur et était donc considéré comme une preuve d’infériorité évolutive. Ainsi, la croyance raciste qu’il y ait une hiérarchie des groupes ethniques (avec des hommes blancs au sommet) a conduit à une démonisation croissante des gros. Les idéaux de beauté qu’on a aujourd’hui ont été construits sur la suprémacie blanche. Et je pense que c’est dans le seul but de contrôler les femmes, de profiter de leur vulnérabilité et de leur insécurité. Et de capitaliser là-dessus.

Ceci étant dit, j’aimerais vraiment qu’on cesse de penser que notre valeur et notre identité sont liés à notre apparence. On met tellement l’accent et l’énergie sur notre apparence physique, parce que la société dit que c’est ce qui est le plus important. Mais on est tellement plus que le reflet qu’on voit dans le miroir.

 

Quelle est la chose la plus cruciale pour une relation saine avec soi-même ?

Je pense qu’il faut être douce avec soi. Se parler et se voir comme on parle et on voit les autres. Parce qu’on est tellement critique envers nous-même et on se met trop de pression. On se compare trop, alors qu’on devrait juste s’écouter. 

 

Quand est-ce que tu te sens la plus belle? 

Je me sens la plus belle quand je sors de la douche et que je viens de m’hydrater. Quand j’ai une nouvelle manucure. Quand je porte des vêtements confortables et qui me font sentir bien. Quand je  brosse mes sourcils et que leur shape est imparfaitement parfaite. Quand je danse sur de la bonne musique.

 

Pourquoi as-tu voulu participer à ce projet?

Parce que ça fait des mois que je vois ce projet aller et ça fait des mois que je le trouve beau et important. La représentation, c’est tellement important. Je l’ai fait pour les autres femmes comme moi. Et aussi parce que j’adore prendre des photos en lingerie haha!

 

Comment a été l’expérience? 

Ça s’est full bien passé. Je me suis sentie à l’aise, pis j’espère retravailler avec vous. LOVE YOU.